14 janvier 2008
Fly

Comme chaque année, je fais un petit ménage de printemps. Et là, je suis tombé sur un vieux texte écrit un peu avant ma majorité, dans un hotel pourri à Paris. Comme j'ai rien d'autre à dire ce soir, le voici :
Emmitouflé dans ma couette, les paupières délicatement fermées, j’étais prêt à décoller en direction de Morphée.
Mais cette nuit, il y avait un petit quelque chose dans l’air. Un petit chose, doté d’une légère touche magique qui allait et venait au fil de la douce brise nocturne. J’ouvris les yeux. En face de moi, la reine des cieux, de sa blancheur étincelante se reflétait sur les vitres de ma fenêtre. Hypnotisante, je ne pus me résoudre à fermer de nouveau les yeux. Ce soir, elle était complète. Dévoilant tout ses atouts, il fut difficile de m’empêcher de flirter avec la belle. Tel l’enfant qui découvre son cadeau au pied du sapin, je n’avais de mots pour décrire ma joie. Soudain, je ne sais pourquoi. Je me suis levé. Quittant ma chaude couette, je me mis à m’avancer lentement en direction de ma fenêtre, je l’ouvris. A ce moment, il se passa quelque chose d’incroyable. À peine le nez dehors, une étrange sensation m’envahit. Une de ces sensations inconnues qui nous font peur, justement car on ne sait ce qu’elles engrangent. Comme un enfant à la découverte de son corps, j’avais peur de ce que j’allais découvrir. En un éclair, le vent se mit à souffler de plus en plus fort, changeant de sens, il soufflait de derrière moi, comme si ma chambre m’expulsait, tellement fort, que je fus soulevé en un clin d’œil. J’apercevais à peine la fenêtre derrière moi, à toute vitesse, je traversais le ciel, tête en avant, les yeux écarquillés toujours en direction de ma belle promise. Les étoiles autour de moi se mirent à vibrer, tantôt en rythme, tantôt asynchrone, je continuais toujours ma montée fulgurante, en transperçant quelques nobles nuages je sentis quelques gouttelettes chaudes sur mon corps, je ne m’arrêtais pas, mes yeux avaient du mal à suivre, jusqu’à ce que…
Je ne bougeais plus.
Les bras pendants, je flottais dans l’air en plein milieu des étoiles. Malgré mon altitude, l’oxygène ne manquait pas. Bien au contraire, chaque respiration était un délice, l’air était doux et légèrement sucré. Les yeux grand ouverts, je scrutais les alentours. Juste en dessous de moi, ma ville. D’ordinaire, je la détestais. Mais d’ici, ses lumières, que j’apercevais à peine, composait la plus belle des constellations. A droite, quelques nuages flottaient lentement, sans direction précise. Curieusement, j’eus l’impression qu’ils me regardaient. Comme si, j’avais franchi un espace qui leur était réservé. Le ciel. Voler. Le rêve le plus vieux de l’espèce humaine. Par je ne sais quel prodige, j’avais franchi ce tabou, réalisé ce qu’ils ont toujours essayé, sans même m’en rendre compte. La bouche béate, je voletai toujours entre ciel et terre, n’ayant pas chercher le pourquoi du comment. J’y penserais plus tard. Ce que je voulais avant tout, c’était apprécier. La lune, ma belle, s’offrait à moi, comme je ne l’avais jamais vu.
A ces mêmes pensées, une petite lumière surgissant de nulle part se mit à scintiller juste à la hauteur de mes yeux. Telle une fée, cette petite boule lumineuse dégageait une lumière tamisée d’une multitude de couleurs chaudes. Impossible de la quitter des yeux. Il fallait que je la touche. Doucement, mes bras se levèrent. Mes mains s’ouvrèrent, et prirent la direction de ma luciole colorée. À son contact, les multitudes de lumières qui la composaient se séparèrent d’un coup, des milliers de petites lucioles de toutes les couleurs tournèrent à toute vitesse autour de moi. De plus en plus vite, où que je regardais, elles étaient là, à tourner, à m’observer, comme quelque chose qu’elle n’avait jamais vu. Mon dos sentit un contact. D’un coup, je me suis mis à décoller, de plus en plus vite. Derrière moi, les petites lucioles s’étaient assemblées pour composer une sorte de siège qui me supportait et me faisait évoluer dans le ciel. Ma vitesse était fulgurante, j’allais droit devant moi, traversant nuages, sympathisant avec les oiseaux et les nobles du ciel. Je traversais forêt, mers, villes, campagnes et montagnes à toute allure, à bord de mon siège de roi, le sourire aux lèvres, le sourire d’un enfant. J’étais heureux. Tous les mots que j’utilisais chaque jour n’avaient plus de sens. Mais d’ailleurs, qu’est-ce qui a de sens dans cette histoire ? Rien. Et pourtant tu l’as lu jusqu’à la fin. Oui, c’est la fin. Car la vérité est plus simple. Tout ce que tu viens de lire, je l’ai vu en fumant ma cigarette sur le bord de ma fenêtre. Je me suis coucher et rien d’autre ne s’est passé. Animé par la curiosité, tu as continué ta lecture. C’est ainsi que l’on vit. Tâche de prendre tout ce que tu vois, ressens, respire, touche, en petits délices qui forme ta vie. Celui qui vit sans prendre le temps de rêver, ne vit pas.
=> Faut dire qu'à l'époque, j'étais très doué pour conseiller les gens. Je me demande pourquoi je donnais des leçons de morales à tout va. Sans doute parce que ce sont des choses que j'aurais aimé qu'on me dise, à l'époque.
Bonne soirée
29 novembre 2006
Le réveil (chapitre 1 & 2)

Sept heures trente du matin. La vieille horloge sonna.
Je posai en douceur ma main sur la poignée, et actionnai la serrure. Cette porte, toujours aussi lourde était un véritable cauchemard pour les serruriers. En effet, la poignée de la porte possèdait la particularité de reconnaître la main qui se posait sur elle. Tout un système. Seules deux personnes pouvaient l'ouvrir, Madame, et moi même. Un système de cette complexité nécessitait néanmoins des mécanismes performants avec tout un système de rouages, d'où son poids conséquent. Il faut dire que Madame n'aimait pas être dérangée. J'étais un des rares privilégiés.
La porte ouverte, j'entrai dans la pénombre, et pris bien soin de fermer la porte derrière moi. Je fis quelques pas, et je la vis. Enroulée dans cette fine couverture de soie blanche, Madame dormait.
La chambre n'étant pas très lumineuse, aussi j'étirai les lourds rideaux de velours rouge de la seule et unique fenêtre, située au pied du lit. A peine les rideaux furent-ils ouverts, qu'une vague de soleil déferla dans cette immense chambre, baignant ainsi chaque objet de la pièce d'une mer scintillante et infiniment lumineuse.
La fenêtre affichait un soleil radieux aujourd'hui. A travers les carreaux pas très propres - sauf un -, se dessinait tout un jeu de petites lignes orangées et colorées. Le soleil se levait sur la vallée. Toujours ce même superbe paysage, que je ne me lassais jamais de scruter, pendant que Madame grommelait. Madame grommelait toujours le matin. Effectivement, j'entendis bougonner derrière moi. Un subtil mélange de râle et de mécontentement, décrit en un seul mot, que je connaissais bien :
- "MmmGrrrrrrr..."
Cette voix, encore rauque de la veille, semblait exprimer une forte contrariété à l'égard de son bain de soleil improvisé. Je me retournai. Notre océan de soleil ayant frappé, la chambre fut maintenant parfaitement éclairée. Cette salle de rêves - comme j'aimais l'appeller - était vraiment grande et obscure, mais la fenêtre orientée plein Ouest, suffisait largement à ce qu'on ne se prenne pas les pieds dans un de ces bibelots, entreposé par terre.
Parce que pour ça, Madame était très forte. En toute franchise, je pense qu'elle aurait même mérité une médaille s'il y avait un championnat du désordre. Non, plutôt une coupe. En effet, sur le sol, des dizaines de petits et grands objets, erraient sur la moquette. Il y avait de tout. Des vieux coffres en bois, d'anciennes horloges, des poupées d'un autre monde, des bouquins jaunis par leur ancienneté, des petites statuettes de fée en bois, des jeux d'enfants... Tout un tas de bibelots aussi vieux qu'étranges, éparpillés un peu partout autour du lit. Chacun possèdait sa propre histoire, histoire qui semblait renaître lorsque la lumière du soleil les caressait. Je n'ai jamais vraiment su ce que Madamde faisait avec tous ces bibelots. Souvenirs, jouets ? Aucune idée.
Les murs de la chambre, peints en une couleur entre le rose et le rouge, donnaient tout de même à la pièce un côté très chaleureux, mais très ancien. C'est sûr, la salle de rêves est quand même bien plus accueillante une fois éclairée. Tout ici, était en vieux bois. L'armoire, le lit, les objets, la commode. Un bois, noirci par les années, mais qui semblait pourtant encore vivant.
- Debout ! criais-je.
Un silence se fit.
Madame n'avait visiblement pas envie de se lever. Je me mis à crier de plus belle.
- Debout Madame ! Vous allez être en retard pour la cérémonie !
Un silence se fit de nouveau.
- MmmGrrrrrrr..MmmmGrrrmmmm...
Le lit, situé en plein milieu de la pièce, était très grand lui aussi. Dans un grommelement irrité, Madame se retourna, toujours en restant cachée sous sa couverture nacrée.
- Décidément, c'est de pire en pire Madame! Il faut pourtant que vous vous leviez !
D'un geste assez brusque, je me retournai et empoignai la lourde serrure de la fenêtre pour l'ouvrir. Dès que celle-ci fut ouverte, un orchestre de gazouillements d'oiseaux divers et variés se fit entendre. En temps normal, ces mélodies étaient agréables, mais pour le coup, ce fut une cacophonie totale. Les oiseaux chantaient juste, mais tous en même temps, très fort. Cela résonnait dans la chambre entière. Comme si les oiseaux eux mêmes essayaient à leur tour de réveiller la jeune dame, toujours blottie dans son lit.
- Mmgggrr, c'est bon, mmm, ferme mmm.
Je m'exécutais en souriant. Le plus dur était fait. J'allais enfin assister au spectacle. A mon spectacle, le seul privilège que j'ai de tout le Royaume. J'avais déjà hâte. Sur le lit, les couvertures se mirent à bouger. Face à la fenêtre, et dos au lit, je contemplais la scène à travers un reflet sur un carreau de la fenêtre. En effet, personne n'avait le droit de voir Madame dévêtue. Alors, je trichais. La fenêtre n'avait pas un seul carreau de propre. Sauf un, judicieusement lavé de façon à ce que je ne loupe rien du spectacle.
Dans un grognement sans fin, les couvertures roulaient sur elles-mêmes, comme si quelque chose luttait pour sortir de leurs larges filets. Les couvertures étaient fines mais immenses. Elles débordaient du lit, couvrant même une partie du sol, peut être même quelques uns de ces objets qui trainaient.. Tout le lit bougeait. Petit à petit, je pouvais distinguer de plus en plus une forme humaine. Aux épaules s'ajoutèrent une silhouette complète. La silhouette, assise au milieu du lit mais toujours emmitouflée de ses draps, avait enfin réussie à vaincre l'emprise douillette de sa couverture. Le drap de soie, se mit à glisser découvrant peu à peu ce qu'il cachait. Madame était de dos, comme toujours.
J'aperçu tout d'abord sa tête. Ses longs cheveux noirs détachés, glissaient sur ses épaules fines pour finir par couvrir sa poitrine, que je ne pouvais voir d'ici. Le drap, continuant de glisser sur sa peau, révéla alors le délicat haut de son dos, puis le milieu et le bas de celui-ci. Toujours face à ma fenêtre, j'épiais attentivement le moindre des détails que m'offrait le reflet de la délicieuse créature.
Ce spectacle, j'y avais droit tout les matins. Mon privilège de serviteur. Et quel privilège ! Dans tout le royaume, il n'existait plus belle femme que Madame. Tout le monde savait ça. D'ailleurs, dire le contraire serait mentir. Certaines mauvaises langues pensaient même qu'elle puisait sa beauté dans celle des autres. Sottise, je l'avais toujours connue comme ça.
Toujours de dos, elle tendit les bras vers le ciel pour s'étirer. Sa peau, légérement matte, ne possèdait aucune imperfection. Elle avait de généreuses hanches, et une taille très fine. Madame était très grande, bien plus grande que moi et que tous les autres serviteurs. Il faut dire que nous étions tout petit, cela a toujours été comme cela. Les serviteurs, ne faisant qu'obéir, doivent être petits. Les hommes plus grands deviennent gardiens. Mais les gardiens ne peuvent pénétrer dans la salle des rêves. Finalement, je nétais pas mécontent de ma situation.
Une fois à peu près émergée, elle attrapa une robe blanche sur une chaise, tout près de son lit, et l'enfila. Ensuite, elle secoua une petite clochette, située sur le chevet de nuit. Cela signifiait que je pouvais de nouveau regarder.
Je pris alors un petit coffret en bois, qui était posé juste en dessous de la fenêtre, l'ouvris et l'apportai près du lit. Sans même voir son visage, je lui tendis le coffre. Dans celui-ci, elle retira trois fines baguettes de bois, et fixa ses cheveux. Lorsque ses longs cheveux furent attachés en un chignon complexe, elle se retourna et soupira :
- Je suis prête. Allons-y.
Elle afficha comme chaque matin un large sourire avec ses fines lèvres. Son visage si subtil, si fin, déclenchait sur mes joues une bouffée de chaleur. Et comme à chaque fois, je restais bouche bée devant ses yeux violets, toujours aussi captivant. Il faut dire que personne ne pouvait rester insensible face à la beauté de la Reine. Même les habitués...
Le réveil (chapitre 2)
Madame a toujours été mystérieuse.
En dehors de son exceptionnelle beauté, pas grand monde pouvait se vanter de connaître vraiment la souveraine. En réalité, elle parlait très peu, et uniquement à ses serviteurs les plus proches, ce qui faisait jaser une bonne partie de la cour. Cette forme de discrimination donnait quelque fois naissance à de petites rixes, entre serviteurs privilégiés et sujets un peu jaloux. Etant son serviteur le plus proche, donc le plus visé, les ragots ne me faisaient plus peur depuis longtemps, j'étais ce qu'on appelle, un habitué. Pourtant, pour rien au monde, j'aurais échangé ma place de humble serviteur contre la place prestigieuse de gardien Royal. Moi, au moins, je ne gardais pas des portes toute la journée, et toc.
Une fois la porte de la chambre refermée, nous nous engouffrâmes dans l'unique couloir du palais. Ce couloir, très profond et peu large, baignait dans l'obscurité. Comme chaque matin, j'empoignai la torche crépitante qui m'avait permis de venir jusqu'ici, puis pris la tête et m'engagea dans cette pénombre un peu triste. Madame me secondait, en marchant lentement.
Quand on est petit, tout a des allures disproportionnées. Si le couloir était grand pour quelqu'un de taille normale, il paraissait immense pour un petit homme comme moi, surtout si peu courageux. On a beau connaître quelque chose, quand celle-ci nous fait peur, il est difficile de rester serein. Or, ce couloir je le connaissais par coeur. Mais le noir m'impressionnait toujours autant. Timidement, en secouant ma torche, je continuais d'avancer en pressant un peu le pas à travers ce léger voile d'obscurité.
Sur les murs de ce tunnel sans fin, se trouvait des petites boîtes un peu particulières. Accrochées assez haut, elles trônaient à hauteur d'homme à intervalles réguliers, environ tous les deux mètres, le long du couloir. En les regardant de plus près, ces petites boîtes ressemblaient étrangement à de toutes petites maisons. De minusucules maisonnettes, avec, pour chacune, une petite porte, une cheminée et une petite fenêtre ronde de la taille d'une grosse noix. Summum de la coquetterie, de minuscules volets avait été apposés sur chacune de ces petites fenêtres. Sur chacune des ces portes, on pouvait lire un prénom différent selon les maisons : "Alys, Nilyä, Istyl, Malëna...". Ces résidences, s'étendaient à perte de vue formant ainsi une ville de chaque côté du couloir. Quand on est pas habitué, ce de déco est un peu surprenant.
Au bout d'une dizaine de mètres, ma torche se mit à faiblir. Lorsque nous fûmes entièrement drappés de noir, je ne pu m'empêcher de paniquer. Avec ma torche éteinte mais encore fumante, je tapai de grands coups sourds sur les murs du couloirs, en hurlant :
- Debout ! Madame est levée, Debout ! On ne voit rien !
Derrière moi, la Reine était plongée dans l'obscurité, mais visiblement, ça n'avait pas l'air de la déranger. Elle ne contesta pas. La connaissant, elle était sûrement en train d'en profiter pour dormir debout.
La situation devenant oppressante, je m'impatientai :
- Debout ! Allez ! C'est l'heure !
Au bout de quelques instants, une lueur apparut. Une de ces petites maisons perchées sur les murs, venait miraculeusement de s'allumer. Effectivement, j'observai comme une phosphorescence des murs de l'objet. Comme si la flamme d'une bougie dansait à l'intérieur. Soudainement, les volets de celle-ci s'ouvrirent, et laissèrent place à une étrange petite tête aux allures humaines. Cette petite tête brillait d'une douce lumière tamisée, comme si cette infime chose avait avalé un coucher de soleil en guise de dessert. La lumière qu'elle produisait semblait venir de sa peau, que je ne pouvais distinguer nettement en raison de son aveuglante luminosité. Néanmoins, en plissant les yeux, je pu la distinguer un peu mieux.
Cette petite chose, un peu surprise, possèdait des cheveux blonds tout décoiffés et de minuscules yeux bleus sur un tout petit visage féminin.
La créature ouvrit alors complètement ses volets puis s'étira en baillant, avant de m'aperçevoir en bas de son logis. D'un coup, la porte s'ouvrit, et elle sortit entièrement de sa maisonnette. Pas plus grande qu'une pomme, on aurait dit un petit bout de femme. Bien évidemment, si l'on ne pretait pas attention à une paire d'ailes microscopiques situées dans son dos.
A l'évidence, il s'agissait d'une toute petite fée. Elle appartenait à une espèce un peu spéciale, connu surtout pour l'impressionnante lumière qu'elle dégage. Les "Lumifées", ainsi nommées, étaient de fidèles sujets. Mais à l'instar de la Reine, la fainéantise restait leur principale occupation.
Sur le seuil de sa porte, la petite fée s'inclina respectuement en direction de la Reine qui rêvassait la tête en l'air derrière moi. Puis, en un éclair, la fée s'illumina de plus belle. Là, il fut pour moi impossible de la regarder distinctement. En effet, la lumifée se vit transformée en une boule de feu, qui éclaira une bonne partie du couloir d'un orange intense. L'obscurité levée, nous reprîmes tranquillement la route..
Au fur et à mesure que nous avancions, les lumifées se réveillèrent petit à petit. Elles sortirent une par une sur le pas de leurs abris, s'inclinèrent au passage de madame puis, en un instant, éclairerent à leur tour leur pan de mur. La lumière ainsi émise nous permettait de continuer sereinement dans ce corridor illuminé. Un vrai spectacle ! Devant nous, le couloir baignait maintenant dans une couleur chaude et agréable. Madame souria. Elle aimait bien les lumifées. En fait, madame aimait bien ses sujets tout court. Malgré ses airs un peu je-m'en-fiche, elle prenait soin de son peuple, comme une mère prendrait soin de ses enfants.
Enfin, arrivés au bout de ce long couloir, une imposante porte nous fit face. Après l'avoir ouverte et pénétré dans l'anti-chambre, Madame m'interrogea :
- "Qu'y a t-il de prévu aujourd'hui ?"
Un sourire immense aux lèvres, je lui répondis :
- " Vous verrez bien. Je suis sûr que cela va vous plaire...
Sur ces mots, je la conviai à se préparer pour la cérémonie.
Au royaumes des fées

A travers de cette forêt verte et de ces feuilles argentées, je n'eus pas de mal à me frayer un chemin.
J'étais loin de penser que j'allais traverser ce petit bois, pourtant tout près de chez moi. Mais, au détour d'un virage, non loin de là, une de ces feuilles argentées se trouvait juste devant moi. En équilibre sur le trottoir et prête à tomber dans ce caniveau si sale. Telle une bulle bercée par le vent, il fallait que je l'empêche de tomber dans cette suie si noire, qui aurait sans doute abîmé la délicatesse de ce joyau végétal.
Je m'accroupis. Puis, délicatement, approcha ma main et déploya mes doigts fins pour prendre en douceur l'extrémité de cette tige si douce. Fatalement, mon écharpe se déroula et se mit à tremper dans le caniveau que ma feuille avait évité. Quelle ironie. Je remis mon écharpe bien qu'elle fut imbibée de cette goudronneuse liqueur. Je me mis à contempler ma petite protégée. Elle était luisante, comme s'il se dégageait une aura faite de lumière qui traçait le contour de ces délicates folioles.
En l'inclinant vers moi, je n'eu aucun mal à apercevoir mon reflet. Je crois que les miroirs pouvaient être jaloux. En effet, je me vis baigner dans cette lumière si apaisante, si douce, mais aussi si étrangement chaude. Imaginez votre reflet dans une mer d'argent, saupoudrez de lumières dorées et ajoutez y une pincée de lumières bleutées. Je crois que je l'ai regardé pendant quelques minutes. Hypnotisé, il me fut impossible de quitter de mes yeux émerveillés ce délice pour rêveur.
J'aurais dû faire plus attention. Tenant ma feuille sur mes deux mitaines, un coup de vent me l'emporta. Je dus courrir pour la suivre, courrir, courrir, ne plus m'arrêter une seconde, à en perdre haleine...
Et finalement le vent posa ma perle des bois, juste devant cette fôret...
A travers de cette forêt verte et de ces feuilles argentées, je n'eus pas de mal à me frayer un chemin.
J'étais loin de penser que j'allais traverser ce petit bois, pourtant tout près de chez moi. Mais, au détour d'un virage, non loin de là, une de ces feuilles argentées se trouvait juste devant moi. En équilibre sur le trottoir et prête à tomber dans ce caniveau si sale. Telle une bulle bercée par le vent, il fallait que je l'empêche de tomber dans cette suie si noire, qui aurait sans doute abîmé la délicatesse de ce joyau végétal.
Je m'accroupis. Puis, délicatement, approcha ma main et déploya mes doigts fins pour prendre en douceur l'extrémité de cette tige si douce. Fatalement, mon écharpe se déroula et se mit à tremper dans le caniveau que ma feuille avait évité. Quelle ironie. Je remis mon écharpe bien qu'elle fut imbibée de cette goudronneuse liqueur. Je me mis à contempler ma petite protégée. Elle était luisante, comme s'il se dégageait une aura faite de lumière qui traçait le contour de ces délicates folioles.
En l'inclinant vers moi, je n'eu aucun mal à apercevoir mon reflet. Je crois que les miroirs pouvaient être jaloux. En effet, je me vis baigner dans cette lumière si apaisante, si douce, mais aussi si étrangement chaude. Imaginez votre reflet dans une mer d'argent, saupoudrez de lumières dorées et ajoutez y une pincée de lumières bleutées. Je crois que je l'ai regardé pendant quelques minutes. Hypnotisé, il me fut impossible de quitter de mes yeux émerveillés ce délice pour rêveur.
J'aurais dû faire plus attention. Tenant ma feuille sur mes deux mitaines, un coup de vent me l'emporta. Je dus courrir pour la suivre, courrir, courrir, ne plus m'arrêter une seconde, à en perdre haleine...
Et finalement le vent posa ma perle des bois, juste devant cette fôret...
Mon petit bijou chlorophyllé était là. Juste par terre, devant moi.
Je levai la tête. Jamais ce tout petit bois ne m'avais apparu aussi grand. Ce petit espace vert, situé en haut de la seule colline de ma ville, formait le dernier bastion de verdure de cette immense cité.
Je m'y suis déjà aventuré une fois, je ne me souviens plus très bien, j'étais très jeune. Il ne m'en reste que des bribes . Il faut dire que j'avais un petit peur tout seul. A vrai dire, j'étais même terrorisé par tous les petits bruits de la forêt. Pourtant, au fil du temps, ces petits bruits sont devenus mes amis. Ils me protégent chaque jour un peu plus.
Mais là, j'avais comme un pressentiment...
Ma feuille n'avait pas bougé depuis sa course avec Eole. Patiemment elle attendait. Du moins, je suis sûr qu'elle attendait. Qu'elle m'attendait. Je me penchai donc pour la ramasser une seconde fois. Mais soudain, à peine mes doigts furent en contact avec elle, qu'elle s'envola de nouveau. Et fonçait en plein dans ce bois. Dans le bois.
Une brise chaude me caressa les cheveux. J'aurais juré que cette brise me chuchotait à l'oreille : "Vas-y ! Entre, n'aie pas peur... ". Je ne suis pas d'un naturel craintif, mais méfiant. Mais il planait dans l'air une sensation agréable et douce.
Je pénétrai dans la forêt.
Les feuilles mortes craquaient sous mes pas lourds et imprécis. J'avançais, sans savoir vraiment où et pourquoi. Il s'agissait d'une forêt de grands chênes, ces arbres majestueux et centenaires m'inspirait le respect et la sagesse. Un arbre sage ? Aussi incongru que cela puisse paraître, oui. Leur persévérance à rester en vie, à lutter, à s'adapter pour continuer encore et encore toujours ce même cycle. Avez vous déjà vu un arbre qui ne voulait plus vivre ?
Au fur et à mesure que je marchais, les feuilles mortent se firent de plus en plus rares pour laisser place à de l'herbe fraîche. Une herbe si verte et légèrement humide, une herbe qui... Je n'ai pas pu résister. J'ai enlevé mes chaussures et j'ai continué pieds nus. Quelle sensation agréable ! Un véritable délice pour celui qui a le peton délicat. Une caresse fraîche qui parcourt chaque orteil d'un bout à l'autre d'une décharge de douceur, tout en massant le reste du pied.
Je continuai. Face à moi, je ne vis rien d'autre que des arbres de plus en plus imposants. Certains possédaient un tronc qui devait faire trois fois mon torse. La brise me suivait toujours, et m'entraîna de plus en plus profond dans cette fôret maintenant immense.
Soudain, je m'arrêtai. Un brin d'herbe, juste à mes pieds, attira mon attention. En effet, il bénéficiait d'une étrange particuliarité. Il était argenté. Un brin d'herbe argenté. De toute évidence, jamais je n'aurais pensé qu'une chose pareille était possible. Ma feuille a dû emprunter ce chemin, pensai-je. Je continuai.
Plus loin, ce ne fut plus un brin, mais une touffe de verdure. Une touffe d'herbe dorée. Je frémissai. Je me mis à courrir de nouveau. De plus en plus vite. Je voulais savoir ! Mais où suis je ? Qu'y a t-il au bout ? Je n'osai y croire. Plus je filais, plus le décor fut surprenant. D'autres touffes d'herbes argentées. Dorées. Un arbre resplendissant. Deux arbres. Trois arbres. Des milliers de feuilles dorées se mirent à tourbillonner dans ma course effrénée, l'herbe était devenu un tapis d'or et d'argent, toujours aussi douce, mais de plus en plus magnifique. Essouflé, je m'arrêtai.
Chaque arbre, chaque branche, chaque feuille, chaque brin d'herbe, chaque racine, chaque radicelle...
La forêt était maintenant entièrement dorée et argentée...
Mes yeux scintillaient de mille feux.
J'aurais eu un interlocuteur, celui-ci aurait été, sans aucun doute, dérouté par le feu d'artifice de lumières qui se reflètait sur la prunelle de mes yeux. De subtiles touches d'or, d'argent, de rubis et d'éméraude dansaient autour de moi, dans un ballet digne du sublime. Un ballet ? En réalité, non. C'est en silence que toutes ces couleurs se déplaçaient lentement, alliant ainsi la grâce et la beauté du muet. Afin de comparer, il faut imaginer une nuit où la neige tombe abondamment, où chacun de ces flocons de neige émanent une forte lumière colorée différente.
C'est à travers cette tempête de lumière, que j'aperçus brièvement une silhouette au loin. D'une première apparence, il s'agissait d'une silhouette féminime. Mais au deuxième coup d'oeil, je ne fus plus trop sûr de mon coup. Intrigué, de mes pieds nus j'avançai petit pas par petit pas, en direction de l'ombre inconnue. Une fois suffisamment près pour voir sans être vu, je me suis accroupi dans l'herbe argentée. Myope de nature, je distingue mal les formes, mais en fronçant un peu mes yeux, il m'est quand même possible d'observer ce qu'il se passe. Et en fronçant les yeux, je l'ai vue. Là, quelques mètres devant moi, se tenait une jeune femme aux longs cheveux noirs satinés de vert.
D'une assez grande taille, les seins et pieds nus, elle ne portait qu'un simple tissu de soie, vert émeraude, qui lui couvrait uniquement les hanches et le bas du ventre. J'étais assez près pour apercevoir une multitude de tâches de rousseurs, qui ornaient un visage très fin d'une beauté rare. Ses cheveux descendaient jusqu'à ses cuisses et cachaient entièrement son dos, que je devinais superbement dessiné. Je ne vis pas ses yeux, mais il fallait que je reste vigilant, je préfèrais éviter le contact avec cette femme des bois. Je l'observais. Apparemment, elle ne m'avait pas remarqué. Elle regardait un arbre, un arbre en train de mourir. C'était un chêne. Son tronc, large et puissant avait séché. Ses feuilles semblaient être les seules de la forêt à ne pas briller. La jeune femme caressait lentement l'arbre, de la manière qu'on cajole un enfant malade. Je ne pouvais toujours pas apercevoir ses yeux, mais seulement une joue. Des larmes coulaient. Elle pleurait. D'ampathie, je frissonnai. Je n'étais pas très à l'aise. En silence, je me retournai. Lorsque que, juste à hauteur de mes yeux, flottait en l'air, la feuille. Ma feuille. Cette feuille que j'avais trouvée sur le trottoir.
Malgré toutes ces feuilles autour de moi, difficile de l'oublier, elle reflètait le même visage entouré de lumière que la première fois : mon visage. Ce n'est pas vraiment une chose courante. Alors que je tentais de m'évader de mon voyeurisme, ma feuille se mit à voleter à toute vitesse en direction la jeune femme. Celle-ci se retourna brusquement et la feuille se posa délicatement dans sa main. On fit face. Inéluctablement, elle me vit. Je ne m'étais pas trompé, elle pleurait.. Jamais je n'aurais pensé que pareils yeux pouvaient exister. D'un vert profond, d'un vert envoûtant, ce vert qui hypnotise et fascine, ce vert qui regorge de secret, ce vert que j'aime... D'un coup, d'immenses ailes se déployèrent dans son dos. Ailes qui auparavant restaient cachées sous sa longue chevelure. Transparentes et à la fois colorées, ces ailes traçaient à elles seules, le plus beau tableau du monde. Mais un réflexe humain, celui de n'avoir jamais vu une telle créature autre que dans mes rêves, me fit prendre la fuite.
Je courus dans la direction opposée, courus de toute mes forces, emportant les feuilles dans mon passage... Mais quelque chose m'attrapa l'épaule. C'était une autre belle femme, munie également d'ailes. A la différence de la première qui devait préférer le vert, celle ci portait un tissu en soie rouge, des cheveux satinés de rouge, des yeux rouges, des ailes transparentes rouges... Elle me saisit par mes épaules et me ramena devant la première, en voletant. Elle se posa en douceur derrière moi. Ma beauté aux yeux verts me regardait l'air intriguée. Des bruits se firent tout autour de moi. D'autres silhouettes apparurent, cette fois-ci par dizaines.
Je fus vite entouré d'une centaine de ces créatures colorées.
Je ne suis pas vraiment peureux au naturel. Au contraire, j'ai plus tendance à foncer dans le tas et à voir ce qu'on peut en tirer. Mais là, j'étais seul, au milieu d'un cercle de femmes aux milles et une couleurs. Des femmes très belles oui, mais des femmes pourvues d'ailes ! Dans mes rêves, les fées c'était un peu comme la fée clochette, c'est à dire minuscule, qui fait de la poudre quand elle bouge (ou quand on la secoue) et qu'on peut faire tenir dans une bouteille... Autour de moi, j'avais plein de modèles différents d'environ un mètre soixante-dix. Toujours dans mes rêves, ces fées étaient plutôt sympathiques, et captivantes. Ici, le côté sympathie me parut un peu léger, par contre le côté captif un peu trop présent à mon goût. Dans le fond, je ne savais pas ce qu'elles me voulaient. Mes bras tendus le long de mon corps, je serrai les poings, prêt à me défendre.
Un silence se fit.
Une légère brise se leva. Elle fit vaciller les ailes de mes geôlieres, laissant dégager de leurs ailes, la poudre magique que j'attendais. Je contemplai la scène. Ces centaines de visages, ces centaines de magnifiques visages, qui me scrutaient, l'air curieux et de ces yeux ébahis. Ces yeux. Ces yeux. Chacune de ces fées possèdaient un regard aux couleurs différentes. Des yeux verts ici, des yeux bleux là, des yeux noirs par ici, des yeux bruns par là... Mais toutes les couleurs avaient leur place. Ainsi il y avait également des yeux oranges, des yeux rouges, des yeux violets, des yeux roses, des yeux jaunes... On aurait dit, une palette de couleurs. Une immense palette de couleurs vives, aussi superbes que captivantes. Comme les deux premières fées, chacune de ces centaines d'êtres portaient cette jupe de soie assortie à la couleur des yeux de sa propriétaire. Idem pour les cheveux, mais aussi pour ces petites spirales dessinées sur leur joues. Inévitablement, je ne pu me retenir de me pincer, histoire de savoir si Morphée n'était pas dans le coin.
Je me demandai ce qu'elles pouvaient penser. Je suis imaginatif. Parfois trop. Je n'eus pas de mal à deviner leur pensées :
"- Il nous a vu, il doit mourir", ou peut être bien :
"-Il est rentré dans la forêt maudite, il va payer pour ses péchés"
"-Viens par là, beau brun"
"-Crève, charogne."
"-Vous avez du feu ?"
"-C'est à cette heure-ci que tu rentres?"
Bref, je m'égare assez vite...
Devant moi se tenait toujours la fée verte, le regard fixé sur moi. Elle tenait toujours précieusement la feuille d'argent, cette feuille qui m'a fait venir jusqu'ici.
Soudain, cette même feuille se mit à léviter. La fée verte la lâcha comme on laisse un papillon s'envoler. La feuille se remit à hauteur de mes yeux. Brusquement, en un éclair de lumière, cette feuille avait disparu et laissa place à une autre fée. Une fée encore plus belle que toutes les autres. Une fée argentée. A l'instar des autres, ses yeux me reflètaient sur ses pupilles argentées. Ses longs cheveux cachaient à peine sa poitrine dénudée et tombait sur ses hanches si précieuses. Elle s'approcha de moi. De plus en plus près. Je fus tétanisé. Lentement, très lentement, ses lèvres brillantes s'approchèrent de mon front, et me donnèrent un baiser. Elle reprit ses distances, et me souria. A cet instant précis, toutes les fées se mirent à sourir également. Je fus apaisé.
Mon écharpe, toujours trempée chuta à terre. Afin de la ramasser en gromelant, je me baissai et me redressai.
Je sais pas si ça vous arrive, cette sensation d'avoir rêvé, cette sensation d'avoir déjà vécu cette scène, cette sensation étrange de ne pas avoir contrôlé ce qui s'est passé. Et bien en l'occurence, il n'y avait plus personne devant moi. Disparues, les fées. Disparue l'herbe argentée. Je me trouvais bien dans la même forêt, mais l'herbe était bien verte, les arbres bien bruns, et je ne vis aucune de ces fées. Aucun petit bout d'aile. Rien. Rien d'autre que les bruits de la forêt. Si. Un détail. Cet arbre mort auparavant, sur lequel la fée verte pleurait, était tout ce qu'il y a de plus vivant. J'aurais pu sentir la sève couler à flot dans son tronc et ses branches. Ressucité ? Etrange...
Je pris le chemin du retour, en n'essayant de ne pas trop penser à ma récente expérience. Je sais que mon collocataire fait du café fort mais quand même. Que s'était-il vraiment passé ? Ai-je vraiment vu ce que j'ai vu ? Ne pas en parler, à personne. A personne. Ne plus ramasser ces feuilles sur le pavé.
Un peu plus loin, je m'aperçu que mon écharpe avait, miraculeusement, séchée.
11 octobre 2006
Au Royaume des fées

A travers de cette forêt verte et de ces feuilles argentées, je n'eus pas de
mal à me frayer un chemin.
J'étais loin de penser que j'allais traverser ce petit bois, pourtant tout près
de chez moi. Mais, au détour d'un virage, non loin de là, une de ces feuilles
argentées se trouvait juste devant moi. En équilibre sur le trottoir et prête à
tomber dans ce caniveau si sale. Telle une bulle bercée par le vent, il fallait
que je l'empêche de tomber dans cette suie si noire, qui aurait sans doute
abîmé la délicatesse de ce joyau végétal.
Je m'accroupis. Puis, délicatement, approcha ma main et déploya mes doigts fins
pour prendre en douceur l'extrémité de cette tige si douce. Fatalement, mon
écharpe se déroula et se mit à tremper dans le caniveau que ma feuille avait
évité. Quelle ironie. Je remis mon écharpe bien qu'elle fut imbibée de cette
goudronneuse liqueur. Je me mis à contempler ma petite protégée. Elle était
luisante, comme s'il se dégageait une aura faite de lumière qui traçait le
contour de ces délicates folioles.
En l'inclinant vers moi, je n'eu aucun mal à apercevoir mon reflet. Je crois
que les miroirs pouvaient être jaloux. En effet, je me vis baigner dans cette
lumière si apaisante, si douce, mais aussi si étrangement chaude. Imaginez
votre reflet dans une mer d'argent, saupoudrez de lumières dorées et ajoutez y
une pincée de lumières bleutées. Je crois que je l'ai regardé pendant quelques
minutes. Hypnotisé, il me fut impossible de quitter de mes yeux émerveillés ce
délice pour rêveur.
J'aurais dû faire plus attention. Tenant ma feuille sur mes deux mitaines, un
coup de vent me l'emporta. Je dus courrir pour la suivre, courrir, courrir, ne
plus m'arrêter une seconde, à en perdre haleine...
Et finalement le vent posa ma perle des bois, juste devant cette fôret...
A travers de cette forêt verte et de
ces feuilles argentées, je n'eus pas de mal à me frayer un chemin.
J'étais loin de penser que j'allais traverser ce petit bois, pourtant tout près
de chez moi. Mais, au détour d'un virage, non loin de là, une de ces feuilles
argentées se trouvait juste devant moi. En équilibre sur le trottoir et prête à
tomber dans ce caniveau si sale. Telle une bulle bercée par le vent, il fallait
que je l'empêche de tomber dans cette suie si noire, qui aurait sans doute
abîmé la délicatesse de ce joyau végétal.
Je m'accroupis. Puis, délicatement, approcha ma main et déploya mes doigts fins
pour prendre en douceur l'extrémité de cette tige si douce. Fatalement, mon
écharpe se déroula et se mit à tremper dans le caniveau que ma feuille avait
évité. Quelle ironie. Je remis mon écharpe bien qu'elle fut imbibée de cette
goudronneuse liqueur. Je me mis à contempler ma petite protégée. Elle était
luisante, comme s'il se dégageait une aura faite de lumière qui traçait le
contour de ces délicates folioles.
En l'inclinant vers moi, je n'eu aucun mal à apercevoir mon reflet. Je crois
que les miroirs pouvaient être jaloux. En effet, je me vis baigner dans cette
lumière si apaisante, si douce, mais aussi si étrangement chaude. Imaginez
votre reflet dans une mer d'argent, saupoudrez de lumières dorées et ajoutez y
une pincée de lumières bleutées. Je crois que je l'ai regardé pendant quelques
minutes. Hypnotisé, il me fut impossible de quitter de mes yeux émerveillés ce
délice pour rêveur.
J'aurais dû faire plus attention. Tenant ma feuille sur mes deux mitaines, un
coup de vent me l'emporta. Je dus courrir pour la suivre, courrir, courrir, ne
plus m'arrêter une seconde, à en perdre haleine...
Et finalement le vent posa ma perle des bois, juste devant cette fôret...
Mon petit
bijou chlorophyllé était là. Juste par terre, devant moi.
Je levai la
tête. Jamais ce tout petit bois ne m'avais apparu aussi grand. Ce petit espace
vert, situé en haut de la seule colline de ma ville, formait le dernier bastion
de verdure de cette immense cité.
Je m'y suis déjà aventuré une fois, je ne me souviens plus très bien, j'étais
très jeune. Il ne m'en reste que des bribes . Il faut dire que j'avais un petit
peur tout seul. A vrai dire, j'étais même terrorisé par tous les petits bruits
de la forêt. Pourtant, au fil du temps, ces petits bruits sont devenus
mes amis. Ils me protégent chaque jour un peu plus.
Mais là, j'avais comme un pressentiment...
Ma feuille
n'avait pas bougé depuis sa course avec Eole. Patiemment elle attendait. Du
moins, je suis sûr qu'elle attendait. Qu'elle m'attendait. Je me penchai donc
pour la ramasser une seconde fois. Mais soudain, à peine mes doigts furent en
contact avec elle, qu'elle s'envola de nouveau. Et fonçait en plein dans ce
bois. Dans le bois.
Une brise
chaude me caressa les cheveux. J'aurais juré que cette brise me chuchotait à
l'oreille : "Vas-y ! Entre, n'aie pas peur... ". Je ne suis pas d'un
naturel craintif, mais méfiant. Mais il planait dans l'air une sensation
agréable et douce.
Je pénétrai dans la forêt.
Les feuilles
mortes craquaient sous mes pas lourds et imprécis. J'avançais, sans savoir
vraiment où et pourquoi. Il s'agissait d'une forêt de grands chênes, ces arbres
majestueux et centenaires m'inspirait le respect et la sagesse. Un arbre sage ?
Aussi incongru que cela puisse paraître, oui. Leur persévérance à rester en
vie, à lutter, à s'adapter pour continuer encore et encore toujours ce même
cycle. Avez vous déjà vu un arbre qui ne voulait plus vivre ?
Au fur et à mesure que je marchais, les feuilles mortent se firent de plus en
plus rares pour laisser place à de l'herbe fraîche. Une herbe si verte et
légèrement humide, une herbe qui... Je n'ai pas pu résister. J'ai enlevé mes
chaussures et j'ai continué pieds nus. Quelle sensation agréable ! Un véritable
délice pour celui qui a le peton délicat. Une caresse fraîche qui parcourt
chaque orteil d'un bout à l'autre d'une décharge de douceur, tout en massant le
reste du pied.
Je continuai. Face à moi, je ne vis rien d'autre que des arbres de plus en plus
imposants. Certains possédaient un tronc qui devait faire trois fois mon torse.
La brise me suivait toujours, et m'entraîna de plus en plus profond dans cette
fôret maintenant immense.
Soudain, je m'arrêtai. Un brin d'herbe, juste à mes pieds, attira mon
attention. En effet, il bénéficiait d'une étrange particuliarité. Il était
argenté. Un brin d'herbe argenté. De toute évidence, jamais je n'aurais pensé
qu'une chose pareille était possible. Ma feuille a dû emprunter ce chemin, pensai-je.
Je continuai.
Plus loin, ce ne fut plus un brin, mais une touffe de verdure. Une touffe
d'herbe dorée. Je frémissai. Je me mis à courrir de nouveau. De plus en plus
vite. Je voulais savoir ! Mais où suis je ? Qu'y a t-il au bout ? Je n'osai y
croire. Plus je filais, plus le décor fut surprenant. D'autres touffes d'herbes
argentées. Dorées. Un arbre resplendissant. Deux arbres. Trois arbres. Des
milliers de feuilles dorées se mirent à tourbillonner dans ma course effrénée,
l'herbe était devenu un tapis d'or et d'argent, toujours aussi douce, mais de
plus en plus magnifique. Essouflé, je m'arrêtai.
Chaque
arbre, chaque branche, chaque feuille, chaque brin d'herbe, chaque racine,
chaque radicelle...
La forêt était maintenant entièrement dorée et argentée...


